Madame la Ministre de la Santé
de la Jeunesse
et des Sports.



J'ai conçu, réalisé et mis en ligne ce site avec une seule et unique préoccupation, celle d'être utile à la Collectivité et, si je l'ai fait, c'est en me fondant sur deux avis du Conseil Économique et Social. Vous admettrez, comme moi, qu'il existe de pires lectures et de bien plus mauvaises sources d'inspiration.

Le premier, celui qui a orienté mon travail, date de 2002. Il s'y montrait, il y a sept ans déjà, tout à fait favorable à la mise en ligne de tels sites afin de contribuer à réduire nos dépenses de santé grâce à une meilleure information du public dans les domaines de la prévention et de l'éducation thérapeutique.

Le second, de 2003, est un peu moins ancien mais semble toujours d'actualité. Cette instance de l'État relevait qu'en France, chaque acteur de santé travaille dans son coin, sur son petit "pré carré", sans s'occuper ni de ce que font les autres, ni à quel moment ils le font. Les conséquences pointées du doigt étant, évidemment, une perte de temps, une dépense d'énergie inutile et, surtout, un gâchis financier qui pouvait être évité ou, pour le moins, diminué. Gardons en tête que le seul budget de fonctionnement de l'INPES se situe aux alentours de 100 millions d'Euros par an, ce qui n'est tout de même pas rien !

A la mise en ligne de ce site, en mai 2007, le recours à l'automédication, évolution sociétale pourtant prévisible, n'était pas encore formellement admise. Je n'avais, après tout, qu'un tout petit peu d'avance. Depuis lors, non seulement elle est devenue un fait acquis, mais la mise à disposition, "devant le comptoir", de certains médicaments montre que nous tentons de faire notre révolution culturelle et que, pour sauver notre système de santé, les Français doivent se prendre en main pour les petits risques afin de pouvoir couvrir les autres dignement.

Ce site, bien que fort loin d'être achevé et je le déplore, rencontre un certain succès avec, certains jours, plus de 10000 pages vues ( dix mille ), quelques authentiques acteurs de santé, médecins de quartier voire professeur de faculté ( au singulier, je le reconnais ) sans oublier nos amis Suisses de Health On The Net ou la Haute Autorité de Santé, m'en font des compliments, allant même jusqu'à m'encourager, conscients du travail colossal que cela représente.

La qualité des informations n'étant pas mise en cause, tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ? Pas tout à fait, hélas !

Mises à part quelques réactions rapides et interventions positives, mes courriers, ainsi que ceux émanant du sommet de l'État, à destination du Ministère de la Santé ont tous, sans exception et successivement, été égarés. Le dernier que je vous ai adressé, en juin 2008, par lequel je fêtais le premier anniversaire du premier courrier resté sans réponse, m'est revenu au motif d'un extraordinaire "n'habite pas à l'adresse indiquée" !

Madame la Ministre, si j'adresse une lettre au Père Noël, elle arrive, à Libourne soit, mais elle arrive et il m'est même répondu alors que, dès lors qu'il s'agit d'un Ministère, le dysfonctionnement est à redouter. Ainsi que vous pouvez pourtant le constater, l'adresse est la bonne et, qui plus est, le dossier a été lu avant de m'être renvoyé.

Madame la Ministre, c'est du mépris. Du mépris pour ce travail, du mépris pour les praticiens qui ont participé, bénévolement et sur leur temps, convaincus d'être utiles, du mépris pour les patients qui ont accepté, pour les mêmes raisons, de laisser photographier leur petites affections pour illustrer ce qui pouvait servir à d'autres, du mépris, enfin, pour ce qui est pourtant une des solutions retenues pour tenter de réduire, au moins un peu, des dépenses de santé qui ont un impact sur ce sempiternel "pouvoir d'achat" qui frappe, bien évidemment, les plus fragiles.

Madame la Ministre, j'ai cherché ce qui, sans la justifier, pouvait motiver cette attitude. Le simple fait de parler d'homéopathie m'a semblé pouvoir être une des raisons car, nul ne l'ignore, s'il était possible de brûler les tenants de cette pratique charlatanesque en place de Grèves, ne serait-ce que pour l'exemple, l'Académisme Médical se porterait mieux.

Mais ce serait piétiner le fait que, selon les chiffres officiels de la CNAM, plus de 50 % des Français ont recours à cette thérapeutique en première intention et ce site, je vous le rappelle, concerne cette même première intention. Il n'a jamais été dans mon optique de n'aborder que cette seule thérapeutique ainsi que les diverses rubriques le prouve ni, non plus, de montrer comment pratiquer une appendicectomie sur sa table de cuisine.

De plus, le rapport du Conseil Économique de 2003 stipule clairement que, pour être positive, l'éducation thérapeutique "doit respecter les choix et les convictions du patients", c'est ce que je fais et je vous demande d'en faire tout autant, en gardant présent à l'esprit que vos confrères d'officines restent satisfaits de vendre des granules. Quel candidat à une quelconque élection rejetterait d'office, par dogmatisme ou sectarisme, la moitié de son électorat potentiel.

Madame la Ministre, nous ne sommes qu'à l'orée d'une crise économique profonde, crise qui va venir majorer la constance de nos déficits publics dont celui, évidemment, de la Sécurité Sociale : 15 milliards sont d'ores et déjà annoncés dans l'indifférence populaire la plus totale, d'ailleurs. En période de crise, on fait feu de tous bois ou, sous une autre forme, à cheval donné...

...on ne regarde pas les dents, car c'est bien d'une forme de cadeau dont il est question. J'ai travaillé des milliers d'heures sans escompter d'autre récompense que des encouragements, un partenariat d'efforts et, quant à la prévention, une chronologie commune. Les réponses émanant du sommet de l'État m'ont stimulé, l'absence récurrente des vôtres a fini par me décourager.

Madame la Ministre, souhaitons-nous véritablement réduire les dépenses de santé et, donc, le montant des prélèvements ou bien, la maladie faisant vivre trop de gens, est-il urgent de ne rien faire en cultivant notre proverbiale "immobilitude" ?

Croyez bien qu'en réalisant ce travail, et même si c'est un lieu commun de le dire, je ne mesurais pas à quel point l'énergie à dépenser pour faire bouger la moindre chose, en France, est hallucinante. Il est pour le moins navrant de voir tant d'efforts, pourtant reconnus utiles, se briser contre les murailles du Ministère le plus directement concerné par ceux-ci. Force m'est de reconnaître que mes courriers électroniques adressés tant à la Caisse Nationale d'Assurance Maladie, qu'à l'AFSSAPS, s'ils ne sont pas revenus en erreur, n'ont guère eu plus de succès. Esprit maison, sans doute.

Je vais observer, maintenant et avec l'oeil d'un clinicien, avec quelle célérité on va, soit me considérer, enfin, comme un interlocuteur fréquentable, soit me chercher tous les ennuis possibles. Je reconnais avoir bien plus de craintes que d'illusions, et reprendrai, en guise de conclusion, le titre d'un de vos livres, "Le combat est une fête"...

Je vous prie d'agréer, madame la Ministre, l'expression de mon profond respect,


Le Fondateur d'Epocrat.com.